Lors des sorties de cueillette des plantes sauvages comestibles et médicinales que je propose en Suisse Romande, je rappelle toujours les règles essentielles d’une cueillette éthique et responsable. Tant pour récolter des plantes saines pour notre consommation que pour savourer ces dons de la nature avec respect pour le vivant et la biodiversité.

Il y a certains aspects de la cueillette qui coulent de source mais d’autres sont un peu plus subtils. C’est pourquoi il me semble pertinent de vous partager ma pratique en la matière.

Cela fait plus d’une dizaine d’années que j’ai commencé à cueillir les plantes sauvages et que je continue à les découvrir au fil des saisons et des lieux que je visite, principalement dans le canton de Vaud et en Valais.

Voici donc, d’après mon expérience, les bonnes pratiques d’un cueilleur ou d’une cueilleuse éthique et responsable.

Un cueilleur de plantes sauvages comestibles et médicinales.

Cueillir les plantes sauvages avec modération

Ce n’est pas parce qu’on peut se servir qu’on peut tout prendre. Il est important de cueillir avec modération, en étant attentif à laisser suffisamment de plantes pour assurer la pérennité de chaque espèce. Et cela dans chacune de nos zones de cueillette, car certaines plantes peuvent être abondantes à un endroit et beaucoup plus rares à quelques centaines de mètres de là.

Il est aussi important de ne jamais cueillir la première plante que l’on voit. Cela afin de s’assurer qu’il y en a suffisamment d’autres.

L’avantage c’est que c’est gagnant-gagnant. Si on prend soin de faire en sorte que les plantes puissent se multiplier, nos cueillettes sont potentiellement assurées pour les années à venir. Tout ne dépend évidemment pas de nous mais nous pouvons contribuer à la prospérité de la biodiversité et donc de nos cueillettes.

Il est généralement recommandé de cueillir au maximum un tiers de la population d’une plante à un endroit donné. On évitera aussi, en particulier pour les grosses cueillettes, de tout cueillir au même endroit ou sur la même plante. Et si une espèce est peu présente on la laissera tranquille pour lui permettre de se multiplier tranquillement. Et avec un peu de chance, l’année suivante ou quelques années plus tard elle se sera multipliée et on pourra alors faire des cueillettes généreuses.

Dans la mesure du possible prélever uniquement les parties de plantes que vous allez utiliser. Il est parfois utile d’utiliser un couteau ou des ciseaux, voire les dents, pour éviter de trop abîmer ou de déraciner une plante en tirant un peu trop fort dessus.

Évidemment on fera attention à ne pas cueillir des plantes rares ou protégées. Réjouissons-nous de pouvoir les observer, elles sont souvent magnifiques. C’est une nourriture pour les yeux et l’esprit.

Tri de plantes sauvages comestibles et médicinales après une cueillette

Préserver les lieux de cueillette

Inévitablement, quand on se promène en nature on marche sur des plantes. Mais lorsque l’on cueille des plantes sauvages on a parfois tendance à écraser encore plus en piétinant autour d’un super spot de cueillette. Il est difficile de faire autrement mais on peut tout de même être attentif à cela et éviter de piétiner plus que nécessaire. Cela fait partie d’un respect pour le vivant d’avoir cela en conscience et d’avoir également de la considération pour les plantes que l’on ne cueille pas.

La plupart des plantes se remettront malgré tout très bien de ces gros pieds qui leur ont marché dessus 🙂

Un groupe qui cueille des plantes sauvages comestibles et médicinales dans une prairie

Connaître le fonctionnement des plantes et leurs cycles pour cueillir en conscience

Connaître et comprendre la nature permet de cueillir plus en conscience.

Les feuilles sont les panneaux solaires des plantes, elles en ont besoin pour utiliser l’énergie de la lumière du soleil et ainsi se développer grâce à la photosynthèse. On veillera donc à laisser suffisamment de feuilles sur les plantes que l’on récolte pour leur permettre de continuer leur cycle de vie sans trop les impacter.

Une fleur est un fruit en devenir et donc de futures graines. Si on cueille une fleur elle ne pourra donc pas se transformer en fruit ni disséminer ses graines. Ce qui signifie pour elle moins de chance de se multiplier. Heureusement pour nous, et pour beaucoup d’autres animaux, les plantes ont prévu le coup en étant très généreuses dans la quantité de graines qu’elles produisent. On peut donc ramasser des fleurs, des fruits et des graines, pour autant qu’on en laisse suffisamment sur les plantes.

Pensons aussi aux insectes et autres animaux qui se nourrissent du nectar des fleurs et des fruits sauvages, nous ne sommes pas les seuls à prélever de la nourriture dans la nature.

Si on prélève une racine, c’est la plupart du temps la fin de vie pour la plante. C’est pourquoi on ne les déterrera que si la plante en question pousse suffisamment en abondance.

Au fil du temps, les plantes ont adopté de nombreux systèmes de reproduction et de multiplication. Certaines se multiplient à l’aide de graines, d’autres par des spores, d’autres par des rhizomes, et certaines combinent des moyens de multiplication.

En fonction des espèces elles ont aussi des cycles de vie différents : annuel, bisannuel ou vivace. Une plante vivace, qui vit plusieurs années, n’aura en général aucun mal à repousser même si on la coupe à la base (comme l’ortie, le pissenlit ou la consoude par exemple). En revanche une plante annuelle, qui fait son cycle en une année avant de mourir, sera beaucoup plus impactée et s’en remettra beaucoup plus difficilement ou mourra (comme la vesce, le coquelicot, le pourpier, le chénopode blanc, le lamier pourpre, etc). Mais les annuelles ont tendance à compenser cela par une production d’autant plus abondante de graines pour assurer leur pérennité.

Quelques connaissances de botanique et de biologie permettront ainsi de mieux comprendre la vie des plantes et de faire ses cueillettes de manière durable et responsable.

Cueillette d'une jeune feuille de grande berce
Une jeune feuille de berce commune

Récolter des plantes saines

Quand on cueille des plantes sauvages encore plus que quand on consomme d’autres aliments, on souhaite généralement profiter d’une nourriture saine.

Éviter les plantes malades

Comme quand vous choisissez ou cueillez vos légumes, il est toujours plus agréable de manger des plantes en bonne santé. Pour cela on évitera les feuilles malades, reconnaissables par des taches suspectes par exemple, ou investies par des insectes comme des pucerons, chenilles ou araignées. De plus nous laisserons ainsi ces petites bêtes tranquilles.

Éviter les sources de pollution humaine

On évitera aussi de cueillir dans des zones de pollution humaine :

  • Aux abords des champs cultivés les sols ont de grandes (mal)chances d’être chargés d’engrais de synthèse ou autres produits toxiques et les parties aériennes des plantes peuvent être contaminées par des pesticides.
  • Dans le même ordre d’idées, les bords de routes fréquentées sont à proscrire pour des raisons évidentes de rejets de pollution, que ce soit par les pots d’échappement ou par la gomme des pneus qui s’usent. Sur des routes de montagne ou de campagne peu fréquentées cela en va de la sensibilité de chacun et chacune, personnellement il m’arrive de cueillir si je sais qu’il y a peu de passage.
  • Les anciennes déchetteries, zones d’enfouissement de déchets ou les bords de cours d’eau pollués sont également à éviter même si c’est parfois plus difficile de discerner une potentielle pollution dans ces endroits. Enfin on s’éloignera des chemins de fer qui sont traités avec des herbicides, des aéroports où les avions passent à basse altitude et des usines qui peuvent relâcher des substances toxiques dans l’atmosphère ou stocker des matières polluantes à l’extérieur.

Éviter les contaminations animales

Il est aussi important de faire attention aux contaminations animales. En effet, certains animaux peuvent véhiculer des pathogènes qui pourraient se retrouver sur des plantes sauvages. Les renards et les chiens peuvent véhiculer l’échinococcose alvéolaire ou «maladie du renard» par leurs crottes, mais pas par leur urine contrairement à ce qui se dit souvent. Une plante au contact de crottes contaminées pourrait donc transmettre le parasite à la personne qui la consomme. Il y a quelques précautions à prendre pour grandement réduire les risques, on évitera donc de cueillir :

  • Le long des chemins car la faune emprunte souvent les mêmes chemins que nous. On peut simplement s’écarter du chemin de deux ou trois pas avant de cueillir.
  • Le long des coulées ou des sentes, ce sont les chemins tracés par les animaux à force de passer toujours au même endroit. On les repère assez facilement dans les champs ou les forêts. Comme précédemment, on peut simplement faire deux ou trois pas de côté.
  • Dans les zones de promenades canines où les risques sont plus élevés.
Une cueilleuse qui récolte des fleurs sauvages de sureau noir
Cueillette de fleurs de sureau noir

Un autre pathogène que l’on peut retrouver est la douve du foie qui elle est véhiculée par les moutons, les chèvres ou les vaches. Ce parasite a besoin d’eau pour se développer, cela concerne donc surtout les plantes aquatiques ainsi que les plantes qui poussent au bord des cours d’eau ou dans des zones humides. Il faut donc être attentif à la présence d’animaux dans ces zones mais aussi en amont car les parasites peuvent être transportés par l’eau qui ruissèle.

Cela étant dit, en prenant les quelques précautions indiquées, les risques sont très faibles. Et même sans cela les cas d’infections sont très peu courants. Il est bon d’avoir tout cela en tête mais sans que cela devienne une source d’anxiété.

S’abstenir en cas de doute

En cas d’hésitation sur l’identification ou la comestibilité d’une plante, il est évidemment préférable de ne pas prendre le risque de la consommer. N’oubliez pas que certaines plantes sont très toxiques voire mortelles. Alors soyez sûr à 200 % avant de manger une plante. Une confusion peut être fatale, et même sans cela vous pourriez passer un très mauvais moment.

Pour apprendre à bien identifier les plantes, le mieux est souvent d’apprendre avec quelqu’un. Ça tombe bien, je propose justement des sorties pour apprendre à reconnaître, cueillir et utiliser les plantes sauvages comestibles et médicinales.

Une fleur de bouton d'or, une plante sauvage toxique.
Les boutons d’or, comme la plupart des plantes de la famille des Renonculacées sont toxiques.

Demander et remercier

Comme tout ce qui provient de la nature, les plantes sauvages sont un don de la nature. Bien qu’elles soient accessibles en libre service ce n’est pas un dû, alors demandons avant de se servir.

Il est donc important de demander la permission avant de cueillir. Ce n’est rien de très compliqué. Simplement s’interroger, ou interroger la nature ou la plante s’il est approprié de cueillir. La réponse peut venir de multiples manières : un ressenti, un bruit ou un mouvement, une pensée, un évènement dans la nature alentour, etc. Il suffit de se rendre disponible, d’être à l’écoute et ne pas trop chercher d’explication intellectuelle. Évidemment il faut être ouvert à ce que la réponse puisse être négative. Il m’arrive régulièrement de sentir qu’il n’est pas bon de cueillir telle ou telle plante, alors je m’abstiens et je vais plus loin.

Il me paraît aussi important d’être conscient-e de la chance que nous avons de pouvoir cueillir et profiter de toutes ces plantes sauvages. Et pour cela d’éprouver et d’exprimer de la gratitude pour la Nature pour tout ce qu’elle nous offre. Chacun-e à notre manière, nous pouvons remercier la nature : par un «merci» murmuré, une offrande de tabac comme le font certains peuples d’Amérique du Nord ou quelques graines, une pensée, un rituel, un chant, un sourire, etc. Pas besoin de grand cérémoniel, même si c’est aussi possible (la nature en sera certainement très contente), juste une attention simple et sincère.

Demander et remercier permet de conscientiser et d’ancrer une reconnaissance et un respect vis-à-vis de la nature et de tout ce qu’elle nous offre. Les plantes sauvages comestibles et médicinales ne sont pas un dû, c’est un don.

Un bouquet de feuilles sauvages d'oxalis
Cueillette d’oxalis

Conclusion

La plupart des plantes sauvages sont plus robustes qu’on ne le pense souvent, et si on est attentif lors de nos cueillettes, les risques d’impacter la biodiversité négativement seront d’autant plus faibles. Toutes ces précautions sont essentielles à prendre en considération mais il ne faut pas pour autant que cela vous empêche de cueillir. Au contraire, cet article se veut comme un guide pour pouvoir cueillir avec autant de sécurité, que d’abondance et de respect.

Alors je vous souhaite de généreuses cueillettes de ces savoureux et colorés cadeaux de la nature.

Vous voulez apprendre à cueillir les plantes sauvages comestibles et médicinales ?

Je propose des sorties sur le terrain en Suisse Romande, principalement dans le canton de Vaud et en Valais.